Le sevrage : Bientôt définitif

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Le sevrage : Bientôt définitif grossesse La maturité du système digestif fait appel à une complexification psychique du côté de l’enfant comme du côté de la mère…

Comment le faciliter

Le sevrage définitif consiste à remplacer par des biberons de lait artificiel les tétées restantes. L’un et l’autre, vous aurez à vous familiariser avec ces nouveaux biberons. Ne lâchez pas les tétées d’un coup. Votre poitrine n’apprécierait pas ! Après chaque tétée remplacée, votre poitrine restera gonflée pen­dant quelques jours. Si cela vous gêne, vous pouvez extraire un peu de lait, mais pas trop pour ne pas stimuler la lactation !

Une étape de transition

Sevrer son enfant n’est pas facile ! Même si tout se présente bien, c’est une étape… Un jour, il y aura la dernière tétée. Peut-être ne saurez-vous pas que c’est la dernière, ou bien vous jurerez que c’est la dernière et d’autres encore s’imposeront. Le sevrage est une longue étape de transition. Suivant la disponibilité de chacun, il peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, l’enfant revenant parfois au sein, le temps de s’inspirer dans sa marche vers l’autonomie.

Le rôle de l’homme

Le rôle de l’homme est de faciliter le sevrage et de couper le « cordon lacté ». La mère peut être coincée entre des sentiments contradic­toires : aussi bien en vouloir à son compagnon de la « séparer» de son enfant qu’apprécier son aide à certains moments.

Prenez le temps de vous évader ensemble une après-midi puis, progressivement, un jour, une nuit et le temps d’une grasse matinée, en confiant sans remords bébé à une personne de confiance qu’il connaît bien.

De l’onde lactée à L’onde parlée

Il est important, pour votre enfant, que ce chemin vers le sevrage soit raconté par son père, qui prend le relais en paroles. Si la mère nourrit par les seins, le père nourrit par les paroles. Sans vous perdre dans des phrases compliquées, expliquez à votre bébé votre désir, votre difficulté et même votre ambiguïté : « J’ai envie et, à la fois, je n’ai pas envie de te sevrer. » Bébé vit sa propre ambiguïté : grandir, s’échapper, mais aussi rester niché contre le sein.

Son père lui donne à manger le plus souvent possible, l’emmène en promenade, lui fait découvrir le côté passionnant de l’univers, lui montre ce qui parle, ce qui bouge, avance et marche… Il joue avec lui et l’entraîne de découverte en découverte. Profitez d’une semaine ou d’un mois de vacances en famille pour amorcer le sevrage. C’est le meilleur moment pour que le père prenne toute sa place et facilite cette étape. Organiser un rituel – un cadeau, un repas de fête avec la famille et les amis – peut aussi permettre de commencer le sevrage de façon joyeuse et initiatique. L’enfant quitte le sein de sa mère pour entrer dans le monde. Une marraine symbolique peut être nommée : la bonne fée du sevrage, qui emmène le petit en pro­menade pendant que sa mère va se changer les idées. Prendre des photos ou un film de l’allaitement en assure l’immortalité. Vous retrouverez plus tard ces souvenirs avec beaucoup d’émotion. Même longtemps après, en mémoire, vos seins se gonfleront et picoteront…

Un sevrage brutal, effectué du jour au len­demain, ne va pas sans risque de blessure pour l’enfant et pour la mère. Il est nécessaire de prendre son temps. Le sevrage doit être accompagné de paroles destinées à l’enfant. Paroles qui prennent le relais de l’échange lacté, paroles qui le nourrissent de sens, l’in­carnent et le soutiennent dans son appren­tissage. Elles font sens de cette expérience pour lui permettre d’accéder à la fonction de penser1. Physiquement, les seins restent gonflés dans l’attente de la tétée suivante ou de celle qui devrait, normalement, se dérouler. La sensation est désagréable voire douloureuse. Les seins mettront parfois plu­sieurs semaines pour perdre l’habitude de ces rendez-vous avec bébé. Parfois, le sevrage se fait plus vite qu’on ne le pensait ; d’autres fois, il prend beaucoup plus de temps.

Il  arrive que les parents le décident… et rebroussent chemin devant l’enfant résistant.

Il lui faut encore un petit peu de forces pour conquérir son autonomie.

Un enfant au sein, c’est propre

A part quelques renvois fétides, l’enfant allaité au sein n’a pas d’odeur forte. Le lait est blanc et ne laisse guère de traces. L’odeur de ses selles, à peine âcre, incommode peu. Chaque mère aime l’odeur de son bébé : une odeur de lait, douce et agréable. L’introduc­tion d’aliments plus solides et colorés va changer le cours de la vie. Le bébé touche ses aliments, les manipule, s’en met autour de la bouche et jusqu’aux oreilles, en bar­bouille au passage le sol de la cuisine et ses vêtements. Ses selles ont une odeur de plus en plus forte, surtout avec l’arrivée de la viande. En général, parallèlement à cette période, il s’intéresse aussi à ses excréments et à la terre (surtout celle des pots de fleur).

Il s’initie « salement » à la matière. L’allaitement maintient cet état « hors de la matière » ; le lait, liquide blanc aux reflets irisés, est translucide, invisible et presque impalpable. Il est pur. Il contient peu de pro­téines, constituants de la matière, en compa­raison avec celui de la vache, animal symbole de la terre.

Les aliments issus de la terre, elle-même fertilisée par le fumier, initient l’enfant au solide, au visible, au palpable et à la variété des couleurs. Il se frotte à la matière et à « l’impur ». Le sevrage, en quelque sorte, l’éloigne de l’intangible pour le rapprocher du tangible. Une mère peut éprouver une certaine résistance à sevrer son enfant pour le laisser palper la matière.

Il  lui échappe, il « at-territ » sur la vraie terre… Car la mère n’est que terre « in- terre-médiaire ». L’enfant n’est plus le petit être tout neuf, tout propre, le petit ange asexué. Le corps à corps avec la matière comme la terre et les aliments induisent la notion d’impur, voire de sexuel.

Certaines mères supportent mal de voir leur enfant se salir. Elles passent leur temps à le nettoyer ou à le changer. Quand il tétait, il n’était pas aussi sale. L’enfant ressent bien, dans l’intonation de la voix de sa mère, le mécontentement lié à ses actes. Cette atti­tude peut l’influencer dans sa confrontation à la matière, et surtout à son corps et à sa sexualité. Les filles, par leur transformation

-    les règles, par exemple – seront plus faci­lement amenées à vivre cette confronta­tion, mais il est frappant de constater la fréquente attitude de dégoût et de « je ne touche pas à tout cela » que manifestent les hommes pour les odeurs, les sécrétions, le sang, les excréments et même, parfois, la nourriture. Auraient-ils été débarbouillés à vie « de la vie » par leur mère ?

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